La spiruline est-elle dangereuse pour les fumeurs ?
« La spiruline est déconseillée aux fumeurs à cause de sa forte teneur en bêta-carotène. Cela favoriserait les cancers ! »
On entend cette phrase depuis le début de notre aventure de spiruliniers chez Etika Spirulina. Et pour être honnête, la première fois qu’on nous l’a dite, on est restés sceptiques.
Comment la spiruline pourrait-elle être plus nocive pour les fumeurs que la cigarette elle-même ? Car on ne vous apprend rien : le tabac reste, et de très loin, le premier facteur de risque de cancer devant tous les autres.
Alors on a sorti le dossier. On a recoupé les études scientifiques publiées depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, et on vous a préparé une réponse claire.
Avant de répondre à la question, un petit détour s’impose : qu’est-ce que le bêta-carotène, au juste ?
Qu'est-ce que le bêta-carotène ?
Le bêta-carotène fait partie de la famille des caroténoïdes. Ce sont des pigments végétaux qui donnent leur couleur rouge, orange ou jaune à de nombreux fruits, légumes, algues et micro-algues.
Les caroténoïdes sont connus pour leurs propriétés antioxydantes et pour leur rôle dans la protection du système oculaire, cutané et cardiovasculaire. Le bêta-carotène est le plus connu d’entre eux, tant son rôle dans notre organisme est important.
Quel est le lien entre le bêta-carotène et la vitamine A ?
Aussi appelé provitamine A, le bêta-carotène peut être transformé par l’organisme en vitamine A lorsque les apports alimentaires sont insuffisants. Dans les pays industrialisés, une carence en vitamine A reste très rare grâce à la disponibilité alimentaire.
Le vrai point de vigilance concerne plutôt les excès : la vitamine A est toxique en cas de surdosage, ce qui explique l’existence de limites de sécurité. À l’inverse, une consommation importante de caroténoïdes n’est pas toxique. Tout au plus, un excès peut donner une teinte jaune orangé à la peau, un phénomène appelé caroténose, totalement inoffensif et réversible.
Quelle est la teneur en bêta-carotène de la spiruline ?
La spiruline est effectivement chargée en bêta-carotène : c’est même l’un de ses atouts les plus connus. Mais curieusement, la méfiance se porte presque uniquement sur la spiruline… jamais sur la carotte.
Pour objectiver les choses, voici un comparatif entre la teneur en bêta-carotène de notre spiruline et celle de deux aliments qui en sont également riches.
Aliment | Teneur en bêta-carotène (mg/100g) | Teneur pour une portion quotidienne habituelle |
Spiruline sèche | 94,2 mg/100g | 4,71 mg pour 5 g |
Spiruline fraiche | 22 mg/100g | 2.4 mg pour 11 g* |
Carotte crues | 8,29mg/100g | 6,6mg pour 80g |
Patates douces cuites | 10,5 mg/100g | 21 mg pour 200 g |
*11 g, soit l’équivalent d’un carré de spiruline surgelée **80 g, soit l’équivalent d’une portion de légumes ***200 g, soit l’équivalent d’une portion de féculents
(Données basées sur nos analyses laboratoire de 2019 et sur la table Ciqual de composition des aliments.)
La donnée la plus importante de ce tableau, c’est la dernière colonne : la quantité réellement consommée au quotidien. Car qui mange 100 g de spiruline sèche par jour ? Personne. Il faut donc raisonner en dose réelle, pas en teneur brute pour 100 g.
Une question simple permet de remettre les choses en perspective : existe-t-il une contre-indication pour les fumeurs à manger plus de 200 g de patates douces par jour ? La réponse est non.
L'effet matrice, une notion clé
Le bêta-carotène contenu dans ces quatre aliments n’est jamais isolé : il fait partie d’une « matrice alimentaire », aux côtés de nombreux autres micronutriments. Ce concept, largement étudié par le Dr Anthony Fardet, explique que deux aliments ayant la même composition nutritionnelle n’ont pas le même effet sur l’organisme si leur matrice diffère. Les nutriments d’un aliment travaillent en synergie, un peu comme les organes de notre corps fonctionnent ensemble.
Ainsi, même si la teneur en bêta-carotène de la spiruline paraît élevée pour 100 g, ce bêta-carotène n’est jamais consommé isolément, contrairement à ce qui se passe avec un complément alimentaire concentré. La spiruline est un aliment entier, auquel rien n’est ajouté, et qui possède sa propre matrice nutritionnelle.
Pourquoi l'association cigarette, bêta-carotène et cancer inquiète-t-elle autant ?
Entrons maintenant dans le cœur du sujet : d’où vient cette inquiétude, et est-elle fondée ?
Ce que disent réellement les études
Il existe bel et bien des études qui associent une prise de bêta-carotène chez les fumeurs à une augmentation du risque de certains cancers. Il serait malhonnête de le nier.
Pour comprendre le mécanisme : les études épidémiologiques associent généralement une consommation importante d’antioxydants à un risque réduit de cancer. À l’inverse, une consommation trop faible laisse le champ libre aux radicaux libres, qui peuvent altérer notre matériel génétique et favoriser des mutations à l’origine de cancers.
Fort de cette logique, le bêta-carotène, réputé pour son effet antioxydant, a fait l’objet de premières études sur des rongeurs dès 1980, avec des résultats prometteurs sur les organes pulmonaires. Des essais ont ensuite été menés chez l’humain, dans l’espoir de démontrer un effet préventif contre le cancer du poumon chez les grands fumeurs. Les résultats n’ont malheureusement pas été ceux attendus : une hausse du taux de nouveaux cancers pulmonaires a été observée.
Plusieurs études ont confirmé cette tendance :
- L’étude CARET a été arrêtée avant son terme après avoir constaté une hausse de 28 % de l’incidence du cancer du poumon chez les participants supplémentés à haute dose en bêta-carotène et en rétinyl.
- Une méta-analyse de 2010 a conclu qu’une supplémentation à 20-30 mg/jour chez des fumeurs et des travailleurs de l’amiante était associée à un risque accru de cancer du poumon et de cancer gastrique.
- L’Institut national du cancer confirme que les compléments alimentaires à forte dose de bêta-carotène augmentent ce risque chez les fumeurs et les personnes exposées à l’amiante.
Ces résultats sont réels et documentés. Mais ils méritent d’être lus avec leurs nuances, souvent oubliées.
Trois nuances essentielles à connaître
- La forme du bêta-carotène utilisée dans les études. Dans la grande majorité des cas, le bêta-carotène testé provient de compléments alimentaires concentrés et isolés. Ce qui n’est jamais le cas dans la spiruline, où il reste « alimentaire », naturel, et entouré d’autres nutriments.
- Très peu d’études portent sur le bêta-carotène d’origine alimentaire. Parmi les publications existantes, une seule a distingué le bêta-carotène des compléments de celui de l’alimentation, et les auteurs eux-mêmes reconnaissent une limite méthodologique dans l’enregistrement des doses supplémentaires. Difficile d’en tirer une conclusion définitive sur les aliments riches en bêta-carotène.
- La dose utilisée dans les études est très élevée. Les protocoles testent généralement des doses de 20 à 30 mg par jour, loin des quantités apportées par une consommation raisonnable de spiruline.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) s’est penchée sur la question chez les grands fumeurs : à ces fortes doses (20-30 mg/j de bêta-carotène associé à de la vitamine A, sur des fumeurs à un paquet par jour pendant 36 ans), le risque augmente effectivement. Mais d’autres études épidémiologiques n’ont observé aucune hausse du cancer du poumon chez des fumeurs supplémentés à des doses plus modérées, entre 6 et 15 mg/jour, sur des durées de 5 à 7 ans.
En résumé : c’est la dose qui fait le poison.
Par ailleurs, même chez les fumeurs, rien ne prouve qu’il faille éviter les aliments naturellement riches en bêta-carotène (fruits, légumes, spiruline).
D’autres composants présents dans ces aliments, comme les vitamines C et E, pourraient même neutraliser une éventuelle interaction délétère avec le tabac.
Alors, la spiruline présente-t-elle un danger pour les fumeurs ?
En respectant les doses recommandées sur nos fiches produits, la consommation de spiruline ne semble pas associée à un effet négatif chez les personnes fumeuses, notamment en matière de risque de cancer.
Les grandes études qui ont établi un lien entre bêta-carotène et cancer du poumon portaient sur des compléments concentrés, à hautes doses, isolés de toute matrice alimentaire, un contexte très différent de celui d’un aliment entier comme la spiruline.
Les recommandations issues de la recherche scientifique restent précieuses, mais elles s’appuient toujours sur des protocoles précis : durée d’étude, dosage, population testée. Elles ne peuvent pas être généralisées sans nuance à toutes les formes de consommation.
Enfin, en matière de santé, tout reste une question d’individualité. En cas de doute, n’hésitez jamais à consulter un professionnel de santé, qui saura vous conseiller en fonction de votre situation personnelle.